Accueil > Adieu Nicolaï Gedda

Portraits / Disparition

Adieu Nicolaï Gedda

par Christian Wasselin

C’était l’un des plus grands ténors de la seconde moitié du XXe siècle. Nicolaï Gedda nous a quittés le 8 janvier dernier, sa famille ayant pendant plusieurs semaines dissimulé sa disparition. Un ténor éternel ?

Partager l'article :

NICOLAÏ GEDDA POUVAIT TOUT CHANTER ou presque tout. Il n’y a guère que Wagner qui soit resté en dehors de son répertoire, hormis un Lohengrin en 1966 à Stockholm, resté sans lendemain. Dans Berlioz en revanche, Gedda a toujours excellé. On citera avec enthousiasme son enregistrement de Benvenuto Cellini sous la direction de Colin Davis en 1972, ou sa Damnation de Faust en compagnie du même chef en 1973 (bien préférable avec celle qu’il avait gravée trois ans plus tôt avec un Georges Prêtre peu inspiré, malgré la présence de Gabriel Bacquier), ou encore son Enfance du Christ dirigée par André Cluytens (1965) ; il s’était même aventuré dans le rôle d’Énée dans Les Troyens en 1969, à Rome, avec l’immense Cassandre de Marilyn Horne (un enregistrement plus ou moins pirate en témoigne), mais il n’eut guère l’occasion d’approfondir ce rôle.

C’est tout un faisceau de qualités qui faisait merveille chez Gedda quand il abordait ce répertoire : le sens du phrasé, le timbre, le style, la diction. Car Gedda, né en Suède en 1925, était parfaitement polyglotte. Élevé par sa tante et son père adoptif, il avait d’abord dû travailler dans une banque, parallèlement à ses études de chant, avant de se faire remarquer dès le début des années 50. Il est étonnant de relever à cet égard que c’est à Stockholm, dans Le Postillon de Lonjumeau d’Adam (eh oui, un opéra-comique qui, il y a peu de temps encore, était considéré comme une partition sans forme ni couleur ni relief), qu’il attira l’attention de Walter Legge, lequel s’empressa de lui confier le rôle de Dimitri dans l’enregistrement de Boris Godounov que devait signer Herbert von Karajan.

La scène et l’enregistrement

Très vite, les rôles se bousculèrent : Don Ottavio de Don Giovanni à La Scala en 1952, Oberon de Weber (un opéra merveilleux mais qu’on entend hélas trop rarement) en 1954 à l’Opéra de Paris, puis Rigoletto, etc. Bref, le début d’une carrière des plus éblouissantes. On rappellera en particulier, entre mille incarnations, ses merveilleux Contes d’Hoffmann en 1974 à l’Opéra de Paris dans la mise en scène de Patrice Chéreau. Car Nicolaï Gedda, s’il n’était pas un comédien-né, avait l’intelligence de la scène et comprenait en une seconde ce que voulait un metteur en scène, à condition bien sûr que ce metteur en scène voulût quelque chose.

Gedda a également beaucoup enregistré. On n’oubliera pas, outre les disques cités plus haut, ses prestations dans les opéras de Mozart (ah, L’Enlèvement au sérail dirigé par Krips !), ni certaine Bohème avec Mirella Freni sous la direction de Thomas Schippers, ni ses Carmen (avec Victoria de Los Angeles et sir Thomas Beecham, puis avec Callas), ni ses Pêcheurs de perles sous la direction de Pierre Dervaux.

Nicolaï Gedda s’était glissé presque clandestinement dans l’aventure de la musique contemporaine, tout occupé qu’il était à briller dans le répertoire le plus vaste. Il avait cependant créé le rôle d’Anatol dans Vanessa de Samuel Barber en 1958, au Metropolitan Opera de New York, aux côtés d’Eleanor Steber et sous la direction de Dimitri Mitropoulos. Il avait aussi abondamment chanté le répertoire d’oratorio ; son Elias de Mendelssohn (avec Rafael Frühbeck de Burgos), son Dream of Gerontius d’Elgar mais aussi ses deux enregistrements d’Oedipus Rex (avec Karajan et avec Esa Pekka Salonen, mais attention, il y chante des rôles différents) sont bien plus que des curiosités.

Photo : Nicolaï Gedda au début des années 60.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.