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Adieu Neville Marriner

par Christian Wasselin

Le grand chef d’orchestre anglais ne manquait pas de projets. Il vient hélas de nous quitter à l’âge de quatre-vingt-douze ans.

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APRÈS SIR COLIN DAVIS EN 2013, un autre grand chef anglais vient de tirer sa révérence : Sir Neville Marriner, mort paisiblement le 2 octobre dernier. Rapprocher ces deux chefs n’a rien de gratuit puisque, outre leur nationalité (mais la musique, on le sait, n’a pas de frontières), un triple point leur était commun : Mozart d’abord, un humour typique des gentlemen ensuite, et un intérêt fort peu marqué pour les instruments historiques enfin, là où d’autres chefs anglais tels Sir John Eliot Gardiner ou Sir Roger Norrington ont compté parmi les pionniers de l’interprétation sur instruments d’époque et continuent de faire vivre la flamme.

Neville Marriner était né le 15 avril 1924 à Lincoln, quelque part entre Liverpool et Londres. Violoniste, il fait ses études au Royal College of Music de Londres (où il enseignera quelques années après la guerre), ce qui est logique, mais aussi au Conservatoire de Paris, ce qu’on sait moins. Il fait partie de différentes formations de chambre (Martin String Quartet, London Mozart Players) avant d’intégrer le Philharmonia Orchestra puis le London Symphony Orchestra, dont il est membre jusqu’en 1968.

photographie : sir Neville Marriner (dr).

En 1958, il a l’heureuse idée de fonder un orchestre de chambre sur instruments modernes, l’Academy of St Martin in the Fields – nom de l’église de Trafalgar Square, à Londres – qui deviendra rapidement célèbre. Et c’est avec Pierre Monteux, aux États-Unis, qu’il affinera sa technique de chef d’orchestre, ce qui lui vaudra d’être invité par de nombreuses formations et d’occuper des fonctions officielles (directeur musical de l’Orchestre du Minnesota de 1979 à 1986, chef invité permanent de l’Orchestre de la radio de Stuttgart de 1983 à 1989).

Allégé sans être baroque

Avec l’Academy of St Martin in the Fields, Marriner ne fera pas la révolution mais renouvellera l’interprétation de la musique du XVIIIe siècle en réduisant les effectifs et en donnant du nerf à des interprétations jusque-là prisonnières de l’esthétique de l’orchestre symphonique. C’est pourquoi ses enregistrements des Quatre saisons de Vivaldi (1970), du Messie de Haendel, des concertos pour piano de Mozart (avec le grand Alfred Brendel) ou du Don Giovanni du même Mozart (avec Thomas Allen et la jeune Karita Mattila) ont marqué leur temps et s’écoutent toujours avec plaisir. Le legs de Marriner avec son Academy est considérable (plus de cinq cents disques !) et connaîtra une sorte d’aboutissement quand Milos Forman lui demandera d’enregistrer la musique du film Amadeus en 1984.

Neville Marriner se passionnait cependant pour la musique d’autres siècles et dirigeait volontiers celle de ses compatriotes Britten, Elgar, Tippett ou Vaughan Williams. De même, il n’hésita pas à faire monter d’autres chefs au pupitre de l’Academy (souvent des instrumentistes dirigeant du piano ou du violon) et décida même, en 2011, de confier la direction de l’ensemble à Joshua Bell.

Au printemps dernier, après avoir donné un concert à Lyon au cours duquel Renaud Capuçon interprétait un concerto de Mozart, il avait émis l’idée d’enregistrer avec le violoniste l’intégrale des cinq concertos. Trois jours avant de mourir, il dirigeait encore un concert à Padoue. Il soulignait d’ailleurs l’inconvénient d’être un chef d’orchestre âgé : « On reçoit de plus en plus de propositions qu’il est difficile d’accepter toutes. Ah, si j’avais été sollicité de cette manière il y a cinquante ans ! ».

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