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Adieu Michel Sénéchal

par Christian Wasselin

Le ténor français Michel Sénéchal vient de nous quitter. Il avait quatre-vingt-onze ans et laisse le souvenir d’un artiste irréprochable qui savait aussi ce que le mot comédie veut dire.

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MICHEL SÉNÉCHAL LAISSERA UNE TRACE différente de celle qu’ont laissée un Jon Vickers ou un Nicolaï Gedda : Sénéchal, c’était la preuve que l’opéra n’est pas uniquement affaire d’héroïsme ou de lyrisme, c’était la démonstration vivante que la drôlerie est une affaire qu’il faut prendre très au sérieux dès qu’il s’agit d’art, c’est-à-dire de représentation, de poésie et de beauté. Michel Sénéchal savait être drôle, mais ce fut toujours au prix d’une technique infaillible, d’un style irréprochable, d’une manière d’appréhender les mots et les notes comme seul un artiste peut le faire.

Né en 1927 à Paris, Michel Sénéchal sort du Conservatoire de Paris avec un Premier Prix, fait partie pendant trois ans de la troupe de La Monnaie de Bruxelles, remporte le Concours de Genève, mais surtout devient dès les années 50 une figure du Festival d’Aix-en-Provence. Il y chante Mozart (Pedrillo de L’Enlèvement au sérail, Tamino de La Flûte enchantée, Ottavio de Don Giovanni) mais aussi Rameau : sa manière d’incarner Platée, la grenouille pathétique, reste irremplacée, et c’est pendant plus de vingt ans que Michel Sénéchal, dont la silhouette avait quelque chose d’à la fois rond et flexible, illustrera ce rôle avec brio. Car il s’agit d’incarner, bien sûr, mais aussi de chanter. Et on ne peut que saluer l’artiste quand il sait à ce point jouer de sa diction et de sa projection pour illustrer le grotesque tel qu’on le conçoit à l’opéra.

Singulièrement, c’est Hans Rosbaud, chef qu’on associe plutôt à la musique des années 50 et 60 (c’est lui par exemple qui assura la création de Poésie pour pouvoir de Boulez), qui était au pupitre quand Platée fut donnée à Aix, en 1956, année qui vit aussi Les Indes galantes triompher à l’Opéra de Paris. Ces deux productions donnèrent le signal de la renaissance de Rameau, même s’il fallut attendre encore vingt ans pour que les baroqueux redonnent ses couleurs à cette musique élégante et brillante entre toutes.

Mais Sénéchal, ce fut aussi un long compagnonnage avec Karajan, qui appréciait sa manière de donner du relief et de la chair à la moindre réplique (il est Golo dans Madame Butterfly), et ce fut encore L’Enfant et les sortilèges de Ravel (dans l’enregistrement de Lorin Maazel, il est à la fois la Théière, l’Arithmétique et la Rainette), Monsieur Triquet dans Eugène Onéguine, Frantz dans Les Contes d’Hoffmann mis en scène par Patrice Chéreau en 1974 au Palais Garnier, le Mari (irrésistible !) dans Les Mamelles de Tiresias, ou encore Ménélas dans La Belle Hélène au Châtelet. Des rôles exigeant faconde, aisance, métier, art du chant et de la comédie. Et ce fut également de longues heures de pédagogie : il dirigea l’École d’art lyrique de l’Opéra de Paris jusqu’en 1992 et créa en 2014, avec Michel Plasson, l’Académie internationale de musique française. Car voilà un artiste qui voulait que son art soit le témoin d’une tradition, au sens riche et vivant du terme, destinée à durer à travers les âges.

Illustration : Michel Sénéchal dans Montségur de Marcel Landowski.

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