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Adieu, Jean-Claude Malgoire

par Christian Wasselin

Le chef d’orchestre Jean-Claude Malgoire est mort brutalement dans la nuit du 13 au 14 avril.

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AU DÉBUT DES ANNÉES SOIXANTE-DIX, un débat faisait rage dans le monde des musiciens : celui qui opposait les partisans de la musique dite ancienne à ceux qui défendaient la musique dite baroque. En réalité, les uns et les autres parlaient des mêmes compositeurs et des mêmes œuvres. La différence ne concernait que la manière de les appréhender – mais il s’agissait d’une différence de taille. La musique qu’on appelait ancienne, celle de Bach, Haendel, Rameau et consorts, était alors jouée sur les mêmes instruments que ceux utilisés pour interpréter Brahms ou Ravel – ceux qu’on allait appeler les baroqueux (car l’expression « musique baroque », avant cette époque, n’existait pas) s’emparaient, eux, des instruments d’époque, lisaient les traités, réimaginaient les modes de jeu pour retrouver la saveur, la couleur, le mouvement de musiques qu’on ne pouvait décemment pas interpréter, selon eux, de la même manière que celles des XIXe et XXe siècles.

Le débat fut vif entre les deux écoles, France Musique s’en fit l’écho (merci Jean-Michel Damian, merci Jacques Merlet), et les baroqueux finirent pas s’imposer. Parmi les pionniers : Jean-Claude Malgoire qui, d’une certaine manière, incarnait cette nouvelle tendance face à un Jean-François Paillard qui, lui, était l’une des figures de proue du camp adverse. Paradoxalement, les partisans du retour à, les réactionnaires en un mot, faisaient figure de modernes, d’audacieux, de novateurs. Et il est vrai que la musique baroque, telle qu’elle fut réinventée à partir de cette époque, fut l’une des alternatives au desséchement d’une certaine musique contemporaine, tant elle paraissait vive, neuve, inédite, dépaysante, rafraîchissante.

Le timbre du cor anglais

Il ne faut pas oublier cependant que Jean-Claude Malgoire, qui était né à Avignon en 1940, avait fait ses premières armes dans des formations conventionnelles, notamment la Société des concerts du conservatoire, devenue Orchestre de Paris en 1967, dont il était cor anglais solo. Le velouté de sa sonorité, la douceur de son phrasé faisaient merveille. C’est lui d’ailleurs qui donna la première française de la Sequenza pour hautbois de Berio, car la musique qu’on appelle contemporaine le captivait, tout comme le passionnait aussi la musique du Moyen Âge et de la Renaissance.

Mais c’est en tant que chef d’orchestre, à la tête de la Grande Écurie et la Chambre du roy, l’un des premiers ensembles baroques d’importance, qu’il connut la renommée. Célébrité due à ses concerts, renommée amplifiée par l’instinct du directeur artistique de CBS, qui eut la bonne idée de voir et d’entendre en Malgoire un musicien d’avenir. D’où un grand nombre d’enregistrements (de Vivaldi à Campra, des Fireworks de Haendel aux Indes galantes de Rameau) qui marquèrent l’histoire de l’enregistrement et de l’interprétation. On n’oubliera pas non plus que Malgoire eut à cœur de ressusciter des œuvres oubliées dont le fameux Tarare de Salieri, écrit sur un livret de Beaumarchais, qu’il dirigea au Festival de Schwetzingen en 1988 dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty (disponible sur dévédé chez Arthaus).

Tourcoing, ville d’aventures

Aventurier de la musique, Jean-Claude Malgoire dirigeait depuis 1981 l’Atelier lyrique de Tourcoing. Un théâtre où la musique baroque était reine mais aussi la musique du XXe siècle, la création et, d’une manière générale, toutes les formes sortant des sentiers battus. C’est là que bien des chanteurs célèbres d’aujourd’hui, de Véronique Gens à Philippe Jaroussky, firent leurs débuts.

On a cité le verbe incarner. Car Jean-Claude Malgoire était bien sûr un musicien, mais c’était aussi un être qui aimait combiner la chair et l’esprit. Avec sa barbe fleurie et sa pipe, avec ses talents de cuisinier et son accent du midi qui n’avait rien d’affecté, le bonhomme avait quelque chose d’irrésistiblement attachant. Ce qui nous manquera aussi, c’est la part d’humanité qu’il mettait dans la musique.

Photographie : dr.

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