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Adel Hakim, l’amour contre la haine

par Gilles Costaz

La mort d’une grande figure du théâtre public

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L’un de nos plus grands hommes de théâtre, Adel Hakim, a choisi de mourir par lui-même, alors qu’il était âgé de 64 ans. Atteint d’une maladie dégénérative – une sclérose latérale amyotrophique – malgré laquelle il continuait à travailler depuis plusieurs années, il a opté pour le « suicide assisté » et a laissé un texte revendiquant le droit à cette procédure interdite en France (il n’a d’ailleurs pu faire le voyage en Suisse qu’il souhaitait, son médecin s’étant opposé à son déplacement). Hakim a beaucoup compté dans le théâtre d’aujourd’hui. C’était à la fois un auteur, un metteur en scène et un directeur. A l’auteur on doit un certain nombre de pièces, dont beaucoup ont marqué l’époque. Exécuteur 14, que Jean-Quentin Châtelain a créé en 1994, a eu un succès français et international considérable : ce monologue fait parler un fanatique prêt à tous les meurtres pour sa cause (le texte est inspiré la guerre du Liban qu’Hakim a connue de l’intérieur : né en Egypte, il a quitté, enfant le Proche-Orient avec sa famille à cause de cette guerre et s’est installé en France). Très récemment, Des roses et du jasmin retrace l’histoire des Palestiniens sur le territoire appelé aujourd’hui Israël, de la colonisation anglaise et du retour des juifs jusqu’aux années 2 000 : la fresque est très humaine et, si elle prend le parti des Palestiniens, elle le fait avec beaucoup d’amour pour les personnages de chaque camp. La guerre que se livrent l’amour et la haine sont, d’ailleurs, le cœur des obsessions de l’auteur. La pièce a été créée en arabe, à Jérusalem, par le Théâtre national palestinien puis représentée cet hiver à la Manufacture des Œillets, à Ivry. en mars prochain. Dans chacune des œuvres d’Hakim, l’écriture est originale et belle, associant l’injonction directe et une poésie un rien abstraite. L’écrivain Adel Hakim restera dans nos bibliothèques et sur nos scènes.
Comme metteur en scène, il a été passionné par la tragédie grecque avec laquelle il dialoguait comme avec des figures nécessaires pour comprendre le monde féroce d’aujourd’hui : sa vision d’Antigone de Sophocle, également conçue pour le Théâtre national palestinien, scénographiée par Yves Collet, mêlait l’ancien et le moderne avec une évidence aveuglante. Il monta bien d’autres auteurs : Delteil (François d’Assise avec Robert Bouvier, qu’on pourra également revoir cette saison, en décembre), Botho Strauss, Shakespeare, l’Uruguayen Gabriel Calderon, Fichet, Grumberg, Goldoni, Pirandello, Marivaux... Pour Marivaux, on peut regretter que sa mise en scène de La Double Inconstance n’ait pas été plus remarquée. Elle était vraiment novatrice avec son érotisme joyeux. Comme directeur de compagnie et de théâtre, son action ne peut être séparée de celle d’Elisabeth Chailloux avec laquelle il fonda le théâtre de la Balance en 1984, dirigea le théâtre des Quartiers d’Ivry à partir de 1992 (devenu Centre dramatique du Val-de-Marne en 2003) et venait d’ouvrir le Centre dramatique transféré à la Manufacture des Œillets et inauguré en 2017 avec Des roses et du jasmin. Nous pensons avec émotion à Elisabeth Chailloux et à toute l’équipe de la Manufacture des Œillets. Un poète des mots et de la scène s’en est allé.

Les textes d’Adel Hakim ont paru à L’Avant-Scène Théâtre – le dernier, Des roses et du jasmin, a été édité en janvier 2017. Le spectacle sera repris à Ivry

Photo Nabil Boutros.

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