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Critiques / Opéra & Classique

ARMIDE de de Jean-BaptisteLully

par Caroline Alexander

En totale harmonie

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Ovation debout pour le dernier spectacle de la saison de l’Opéra National de Lorraine : Armide de Lully, ré-enchantée par Christophe Rousset, ses Talens Lyriques, la mise en scène pétillante de David Hermann, son chœur et ses solistes habités, a fait l’unanimité d’un public fidèle. Il lui faudra attendre la veille de l’année 2016 pour retrouver les fauteuils de la maison d’opéras de Nancy qui fermera pour travaux durant quatre petits mois – c’est dans l’air du temps, de nombreux théâtres y sont acculés, pour des périodes bien plus longues (18 mois pour l’Opéra Comique de Paris).

Armide donc en totale harmonie et cohérence fait la révérence à son librettiste Philippe Quinault (1635-1688) et à Jean-Baptiste Lully (1632-1687), son compositeur dont ce fut l’avant dernier opus lyrique. Chef d’œuvre absolu du florentin de Paris qui se hissa au rang de compositeur et homme de musique de la cour du Roi Soleil et qui allait s’éteindre deux ans plus tard, laissant un héritage dont l’influence se répercuta sur de nombreuses générations.

Armide la magicienne trop humaine, née dans la saga de « La Jérusalem délivrée » du poète italien Le Tasse, va succomber d’amour pour le valeureux guerrier Renaud. Son sort tragique inspira Haendel, Haydn, Gluck, Rossini jusqu’à Dvorak qui, chacun à sa manière, fit revivre en musique l’héroïne au sort scellé par la fatalité de la passion.

Comment traiter aujourd’hui cette histoire d’amour fou où s’intercalent ballets et divertissements d’autrefois ? Robert Carsen au Théâtre des Champs Elysées en avait contourné les obstacles en en faisant une visite guidée au Château de Versailles (voir WT 1662 du 14 octobre 2008). Armide n’y fut pourtant pas créée. Sa sensualité avait choqué l’âme prude de Madame de Maintenon. La première eut lieu à l’Académie Royale de Musique de Paris en 1686.

A Nancy, David Hermann qui y signe sa troisième mise en scène (après L’Italienne à Alger de Rossini et Iolanta de Tchaïkovski -voir WT des 20 février 2012 et 4 mars 2013), ne recherche pas de vérité historique, il salue la capitale de Lorraine et son beau théâtre ancré place Stanislas, ce joyau d’architecture du 18ème siècle, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Gargouilles grimaçantes cracheuses d’eau et joyeux anachronismes

Les caméras d’Hermann guidées par le vidéaste Jo Schramm (également auteur des décors) nous promènent du dehors au-dedans longeant les façades, se fixant sur les gargouilles grimaçantes cracheuses d’eau, pénétrant dans le théâtre dont elles balayent les espaces de la salle à la scène jusque dans ses coulisses. Le prologue est chanté en voix off, la Gloire et la Sagesse sont dissimulées derrière l’écran où défilent les images de la place. L’idée est astucieuse, les effets souvent en bon osmose avec ce qu’on entend, mais leur durée (une vingtaine de minutes) est excessive, les images finissent par se répéter inutilement.

Le meilleur reste à venir. Les anachronismes joyeux se prolongent dans les chorégraphies tantôt libres, tantôt stylées, les costumes qui mêlent et alternent robes somptueuses et coiffes baroque emplumées Grand Siècle avec jeans, collants et T-shirts de notre temps. Les tenues bougent et évoluent selon les situations, portant simultanément les signes des deux époques ou s’en ornant au gré des besoins comme ces armures dorées venant se poser sur les habits ordinaires des chevaliers.

Christophe Rousset, comme chez lui

Dans la fosse surélevée comme il est d’usage pour les ensembles de musique ancienne sur instruments anciens, Christophe Rousset porte les musiciens de ses Talens Lyriques à un niveau de quasi perfection. Tantôt debout, tantôt assis derrière son cher clavecin, il les dirige en maître inspiré, soignant les tempi, les silences, les cordes, les bois, la basse continue en véritable homme de théâtre. Dans ce répertoire précieux, Rousset est dans son monde comme à la maison et même s’il lui arrive d’aller brièvement voir et diriger ailleurs comme pour L’Affaire Tailleferre à Limoge (voir WT du 14 novembre 2014), il revient toujours à ses amours.

Distribution de haut vol

Grâce à lui les solistes sont soutenus et se font entendre en légèreté : la soprano Marie-Adeline Henry, une ancienne de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, s’empare du rôle-titre dont elle fait une rebelle libertaire au charme craquant, un timbre au volume confondant sachant manier des graves qui cisèlent et creusent les cœurs et les âmes. Dans des rôles multiples (Phénice, la Gloire, Melisse) la merveilleuse Judith Van Wanroij prouve une fois de plus que ce répertoire-va à sa voix de soprano comme une deuxième peau, tout comme la mezzo Marie-Claude Chappuis (tour à tour Sagesse, Sidonie, Bergère et Lucinde) qui irradie en noblesse et dignité. Julien Prégardien, ténor assume courageusement le personnage de Renaud, héros égaré, manipulé par le philtre magique de sa séductrice, un premier rôle en retrait auquel il réussit à donner une épaisseur légère et beaucoup d’âme. Marc Mauillon joue la Haine avec des délices de clown, Andrew Schroeder s’égare en Hidraot aux inflexions bien trop sombres pour sa voix de baryton pas vraiment basse. Fernando Guimaraes, Patrick Kabongo, Julien Veronèse et l’exquise Hasnaa Bennani complètent cette distribution de haut vol.

Armide de Jean-Baptiste Lully, livret de Philippe Quinault, ensemble Les Talens Lyriques, direction Christophe Rousset, chœur de l’Opéra National de Lorraine et Centre Chorégraphique National-Ballet de Lorraine, chorégraphes Petter Jacobsson et Thomas Caley, mise en scène David Hermann, décors et vidéos Jo Schramm, costumes Patrick Dutertre, lumières Fabrice Kebour .

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 24, 26 & 30 juin à 20h, les 21 & 28 juin à 15h.

03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

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