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Critiques / Musique

AN AMERICAN IN PARIS de George Gershwin

par Caroline Alexander

Quand les tubes d’un film de légende prennent corps sur scène et font valser les cœurs…

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Ovation debout. Le 10 décembre, la première officielle de la création mondiale de la version scénique de An American in Paris – au terme d’une demi-douzaine de « previews » (pré-générales) – a fait chavirer un public conquis par la musique de Gershwin, ses ballets étourdissants et ses « songs » devenus classiques depuis le légendaire film aux six oscars de Vincente Minnelli . Après My Fair Lady ou West Side Story, le Châtelet a trouvé une fois de plus la recette idéale pour afficher complet lors les fêtes de fin d’année.

Mais cette fois la donne n’est pas la même. Une gageure en quelque sorte de transformer enfin ce film inoubliable où brillèrent Gene Kelly et Leslie Caron en une comédie musicale scénique, et en opérer la création mondiale à Paris. Avant New York. (voir WT 4377 du 20 novembre 2014). Pari réussi.

Tout fonctionne : la transposition dans le temps – l’après-guerre, les allusions au temps de l’Occupation et de Vichy, Jerry, le peintre devient un GI qui fasciné par la ville-lumière décide d’y rester pour la croquer sur ses toiles, Lise, jeune danseuse et vendeuse aux Galeries Layette, est une petite juive cachée durant l’Occupation par des bourgeois bon chic bon genre, résistants de l’ombre. Les dialogues de Craig Lucas font des claquettes façon vaudeville hollywoodien, les personnages ont la naïveté des contes, le clan des jeunes a de l’énergie à revendre et des cœurs grands comme Notre Dame, les plus vieux – la mécène cocotte coquette, la protectrice de Lise, femme du monde pincée, semblent jaillis de caricatures à la Walt Disney. Les clichés de la vie parisienne se fondent dans les décors qui font revivre les grandes heures de la peinture. Aucun réalisme de carte postale, Bob Crowley suspend les images des bords de Seine, de sa tour Eiffel incontournable dans des abstractions aquarellisées, ou pose en clin d’œil des objets ou panneaux hommage à Mondrian ou Miro. Les lumières de Natasha Katz, les animations et projections du collectif 59 Productions explosent en feux d’artifices d’images. L’œil écoute autant que l’oreille.

Gershwin (1898-1937) découvrit Paris en 1928, il y croisa Ravel, Stravinsky, Schönberg et les peintres de Montparnasse, s’imprégna des couleurs de la ville, de sa fausse insouciance, de sa poésie des trottoirs et même de ses klaxons et en tira toutes de sortes de musiques, concertos en fa pour piano et orchestre, second rhapsody et son « poème tonique avec effets sonores » baptisé An American in Paris. C’est en 1951 que Vincente Minnelli fouilla son répertoire, en tira morceaux choisis symphoniques et autres, rengaines à danser et chansons à claironner pour ce film qui allait faire le tour du monde et s’inscrire au panthéon des chefs d’œuvre. Un demi-siècle plus tard, c’est un Français, Jean-Luc Choplin, patron du Châtelet, qui prit l’initiative de transformer pour la première fois le sel, le son et le suc de cette comédie musicale cinématographique en « musical » scénique.

En co-production avec Broadway, la chorégraphie et la mise en scène furent confiés au britannique Christopher Wheeldon qui d’une scène à l’autre, avec ses solistes virtuoses et son corps de ballet faisant office de figurants, meuble le plateau de morceaux étourdissants, peu de claquettes (contrairement au film) mais des duos romantiques en envols aériens, un cabaret parisien en écho aux Folies Bergères, et ce ballet final qui emporte toute la troupe dans un tourbillon dont chaque vague est millimétrée note par note, pas à pas …

Superbe répartition des interprètes qui parlent (en anglais, avec ici ou là une pointe d’accent français pour faire couleur locale) qui chantent et qui dansent avec un bonheur égal, Veanne Cox, grande bourgeoise pincée, Jill Paice, mécène mondaine, Brandon Uranowitz, Max von Essen, et Victor J. Wisehart, les « potes » du GI amoureux. Robert Fairchild, étoile du New York City Ballet en est l’exécutant en élégance raffinée et souplesse féline et Leanne Cope du Royal Ballet de Londres, cheveu noir coupé au carré comme Leslie Caron qu’elle fait presque oublier par sa grâce mutine, sa vivacité, ses bras en ailes, et ses jambes en apesanteur.

La vingtaine d’instrumentistes de l’Ensemble Instrumental du Châtelet se plie avec délices aux gambades cadencées de la direction de Brad Haak, jeune chef américain spécialiste ès « musicals » qui maîtrise à merveille ce type de répertoire.

Un beau cadeau de Noël en somme. En attendant celui promis pour Pâque : le transfert sur cette même scène d’un autre film mythique « Singing in the Rain » !

An American in Paris, nouvelle comédie musicale d’après le film de Vincente Minnelli, musique de George Gershwin, lyrics de Ira Gershwin, son frère, livret Craig Lucas, mise en scène et chorégraphie Christopher Wheeldon, décors et costumes Bob Crowley, lumières Natasha Katz, son Jon Weston, animation et projections 59 Productions, arrangements musicaux Rob Fisher. Avec Robert Fairchild, Leanne Cope, Veanne Cox, Jill Paice, Brandon Uranowitz, Max von Essen.

En co-production avec Pittsburgh CLO

Théâtre du Châtelet – du 10 décembre au 4 janvier, du mardi au samedi à 20h, matinées à 15h les samedis et dimanches

+33 (0) 1 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

Photos Angela Sterling

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