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Critiques / Opéra & Classique

ALI-BABA de Charles Lecoq

par Caroline Alexander

Musique enjouée, jolies voix mais le Sésame ne s’ouvre pas

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Après le régal qu’avait été il y a tout juste un an Marouf savetier du Caire (voir WT 3750) , on attendait avec curiosité le réveil de cette autre fantaisie orientalisante qu’est Ali-Baba de Charles Lecoq. Un orchestre en bonne forme, des jolies voix, des belles présences clownesques n’ont pas suffi pourtant à ouvrir le sésame de la réussite. En cause, une mise en scène maladroite et d’interminables changements de décors.

Charles Lecoq (1832-1918) compositeur ès divertissements, marchant sur les traces de son brillant aîné Jacques Offenbach (1818-1880), auteur d’une soixantaine d’opéras comiques au swing d’opérettes fait partie de cette légion de personnalités célébrées de leur vivant puis rapidement passées au guichet des délaissés. De son ample répertoire seule La Fille de Madame Angot connaît encore les honneurs de résurrections scéniques. D’autres pourtant, par leurs musiques enjouées, leurs intrigues gentiment rocambolesques mériteraient de faire à nouveau pétiller leur mousseux. Ali-Baba est de ceux-là, piqué dans les inépuisables Mille et une Nuits, décalé en farce et attrape.

Ali Baba, technicien de surface

Transposition dans un autre lieu, un autre temps, pourquoi pas ? C’est devenu la loi du genre. Dans la version proposée par Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint Etienne, on reste en Orient, dans un aujourd’hui et une géographie indéterminés, un supermarché comme il y en dans toutes les banlieues, de Marseille à Abu Dhabi ou Mexico, et Cassim devient ainsi propriétaire gérant de « Cassimiprix » avec ses escalators et ses palmiers, ses pubs envahissantes (« Bagdadburger », « Istan-belles » « Loo-koum ». Ali-Baba, en bleu de travail, balaye les trottoirs, il est « technicien de surface », les filles du harem sont déguisées en hôtesse de l’air, les signes de prospérité changent d’identité : les caftans et les burnous deviennent des chéquiers et des montres Gucci.

Meunier pointe du doigt la société de consommation. Il tente d’en faire une satire, s’encombre de décors sans charme, parfois carrément laids, qui changent à chaque scène. Rideaux noirs, attentes muettes : le rythme et la fluidité qui sont l’essence même du ressort comique sont hachés menu. La direction d’acteur tient efficacement la rampe de la pantalonnade mais néglige la diction : les dialogues parlés sont expédiés à toute vitesse sans souci d’articulation. On n’en comprend à peine la moitié.

Du répondant et du talent

Dommage car les chanteurs ont du répondant et du talent et l’orchestre de l’Opéra de Rouen Haute Normandie est dirigé avec malice et énergie par Jean-Pierre Haeck, fidèle maestro de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège. Tassis Christoyannis, baryton grec de belle envergure que l’on a entendu chanter Verdi, Rossini, Gounod et quelques autres, garde sa superbe et endosse en drôlerie et légèreté les humeurs d’un Ali Baba bon enfant. Sophie Marin-Degor en Morgiane coquine et mutine cultive toujours l’art qu’on lui connaît de faire fuser des aigus qui décoiffent. Christianne Bellanger, mezzo-soprano pensionnaire de l’Académie de l’Opéra Comique, fait culbuter en grotesque hilarant une impayable Zobéide, Vianney Guyonnet fait de l’athlétisme en chef des voleurs, les ténors, Mark Van Arsdale/Saladin qui déclara sa flamme en anglais, François Rougier/Cassim qui joue les patrons en perdition et Philippe Talbot en Zizi facétieux, ont chacun des moments de joyeux dérapages contrôlés.

Ali Baba de Charles Lecoq, livret d’Albert Vanloo et William Busnach, orchestre de l’Opéra de Rouen Haute Normandie, direction Jean-Pierre Haeck, chœur Accentus, mise en scène Arnaud Meunier, décors Damien Caille-Perret, costumes Anne Autran Dumour, chorégraphie Jean-Charles Di Zazzo, lumières Nicolas Marie. Avec Tassis Christoyannis, Sophie Marin-Degor (et Judith Fa le 16.05), Christianne Belanger*, François Rougier, Philippe Talbot, Mark Van Arsdale*, Vianney Guyonnet*, Thierry Vu Huu
* de l’Académie de l’Opéra Comique

Paris – Opéra Comique, les 12, 14, 16, 20 & 22 mai à 20h, le 18 à 15h

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

Photos : Pierre Grosbois

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