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Critiques / Opéra & Classique

A Vienne de père en fils

par Christian Wasselin

Un concert de l’Orchestre de chambre de Paris nous rappelle quelle fut la fécondité de la première école de Vienne.

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JEAN-GUIHEM QUEYRAS est un magnifique violoncelliste mais, plus que le Premier concerto pour violoncelle de Haydn, qu’il avait inscrit au programme de son concert donné le 8 mars au Théâtre des Champs-Élysées, ce sont les deux œuvres de Mozart également à l’affiche qui nous attiraient le plus ce soir-là. Les œuvres des deux Mozart, devrait-on plutôt dire, car ce concert donnait l’occasion d’entendre la Symphonie en sol majeur « Neue Lambacher » de Leopold (le père) et la Première Symphonie d’un Wolfgang (le fils) de neuf ans.

La Symphonie « Neue Lambacher » a été retrouvée à l’abbaye de Lambach, où les Mozart auraient fait étape, dit-on, sur la route de Vienne. C’est une œuvre de belle facture, qui fut d’ailleurs un temps attribuée à Wolfgang. Elle a peu à voir avec la naïveté un peu raide de la Symphonie des jouets, qui fut, elle, longtemps attribuée à Haydn avant de l’être à Leopold, même si certaines sources militent aujourd’hui en faveur d’un autre compositeur, beaucoup moins célèbre, le moine Edmund Angerer (la partition fut retrouvée dans un manuscrit, cette fois, du Tyrol).

La « Neue Lambacher » se compose des quatre parties habituelles. Les deux mouvements centraux se ressemblent un peu trop, mais la dynamique des cordes et le dialogue qui s’effectue entre elles, dans les deux autres, est soulignée par la disposition de l’Orchestre de chambre de Paris (violons I et II face à face), que le chef Sascha Goetzel (par ailleurs directeur artistique de l’Orchestre philharmonique du Borusan-Istanbul) mène avec beaucoup d’allant.

Charmant puis acide

La Première Symphonie de Wolfgang n’est pas qu’un travail d’écolier, loin de là, mais n’offre pas tout à coup une autre manière de concevoir la musique – preuve que Leopold n’était pas le musicien laborieux que certains décrivent. Malgré sa brièveté, elle propose notamment un mouvement lent plein d’un charme étrange, où la mélodie est confiée aux cordes graves, les violons jouant le rôle de complices.

Le concert s’achevait par la Troisième Symphonie de Schubert, qui se glisse dans la continuité de la musique classique viennoise, mais fait appel à un orchestre renforcé, notamment de cuivres. Le clarinettiste solo de l’Orchestre de chambre de Paris fait merveille dans cette musique espiègle, élégante, mais la couleur acide des trompettes déséquilibre le son dans les tutti et fait s’éclipser le charme (au sens fort) de cette partition au profit d’une agressivité qui ne s’y trouve pas.

Un mot, malgré tout, sur le concerto de violoncelle, ou plutôt sur les bis joués par le violoncelliste : Ombres, pièce brève et riche de silences de György Kurtag, enchaînée au célébrissime Prélude la Première Suite de Bach, abordée avec une admirable simplicité et une noble légèreté. Jean-Guihen Queyras est décidément un grand artiste.

photographie : Jean-Guihem Queyras (Marco Borggreve/dr)

L. Mozart : Symphonie « Neue Lambacher » - J. Haydn : Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 - W. A. Mozart : Symphonie n° 1 – Schubert : Symphonie n° 3. Jean-Guihen Queyras, violoncelle ; Orchestre de chambre de Paris, dir. Sascha Goetzel. Théâtre des Champs-Élysées, 8 mars 2016.

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