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Critiques / Théâtre

887 de Robert Lepage

par Jean Chollet

La mémoire mise en image

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Ce titre énigmatique fait référence au numéro de l’immeuble situé avenue Murray, dans le quartier de Montcalm de Québec, qu’occupait dans sa jeunesse Robert Lepage. A partir de cette localisation, il procède, seul en scène comme ce fut le cas pour Le Projet Andersen, à une évocation de ses souvenirs d‘enfance et d’adolescence dans les années 1960, mise en miroir avec la situation politique et sociale québécoise. A l’ombre de son père Fernand, ancien militaire devenu chauffeur de taxi, dont l’influence n’a cessé de l’accompagner et qui prend ici une place importante, il interroge les mécanismes naturels et aléatoires de la mémoire, que le stockage numérique d’aujourd’hui ne viendra que partiellement compléter. Tour à tour conférencier, conteur ou interprète, il délivre les temps forts accompagnant l’élaboration de son parcours à travers anecdotes, confidences et rencontres, croisées avec les évènements de l’époque qui agitaient le Québec. Sans se placer en profondeur dans une analyse de l’Histoire de son pays, il en évoque les temps forts et les climats à travers le Front de Libération (FLQ) ou le beau poème de Michèle Lalonde Speak white (1968) en réponse à l’invective injurieuse faite par les anglophones lorsque le français était utilisé en public, et bien sûr le célèbre “Vive le Québec libre ” lancé par Charles de Gaulle, le 24 juillet 1967 lors d’une visite officielle à Montréal.

Visuel et ludique.

Reconnu à travers le monde comme un magicien de écriture scénique, pour sa maîtrise et son inventivité dans l’utilisation des nouvelles technologies, Robert Lepage en fournit un nouvel exemple avec cette création présentée pour la première fois à Toronto en juillet dernier. A partir d’une maquette architecturée des façades de l’immeuble en référence, donnant vue sur les intérieurs des appartements avec ses occupants à échelle réduite. Cette structure articulée évolutive, permet, dans ses changements de volumes auxquels s’intègre le comédien, d’offrir avec l’aide d’images vidéo et de mini caméras, des espaces diversifiés (cuisine, bibliothèque, vue urbaine…), accompagnés d’une voiture téléguidée et d’ accessoires évocateurs. L’ensemble, ponctué de différentes interprétations musicales, offre un aspect magique et un plaisir visuel savoureux, obtenu avec une précision et une fluidité confondantes.

887, conception, mise en scène et interprétation Robert Lepage, direction de création Steve Blanchet, dramaturgie Peder Bjurman, musique et conception sonore Jean - Bastien Côté, images Félix Fradet-Fagy, avec les techniciens de la Cie Ex Machina. Durée : 2 heures 10.

Théâtre de la Ville dans le cadre du Festival d’Automne au Théâtre de la Ville jusqu’au 17 septembre 2015,

En tournée en France : Bonlieu Scène nationale Annecy du 3 au 7 octobre, Théâtre des Célestins – Lyon du 13 au 21 novembre 2015.

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