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Critiques / Musique

42nd Street de Harry Warren et Al Dubin

par Caroline Alexander

L’irrésistible cadeau d’adieu de Jean-Luc Choplin

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Des claquettes en battues claquantes, des lumières qui font danser, des décors qui décollent, des costumes à faire tourner les têtes, et des paillettes comme des étoiles tombées du ciel. L’ultime production programmée par Jean-Luc Choplin, patron du Chatelet depuis 2004, aura assemblé tous les plaisirs vécus depuis cette dernière dizaine d’années vouée aux comédies musicales. Une reconnaissance, une renaissance. Choplin quittera la direction de la maison début 2017 quand commenceront les travaux de rénovation qui s’échelonneront jusqu’en 2019. Il en aura fait une station cosmique de musique, un Broadway sur Seine.

En versions originales, chantées, dansées, mises en rythmes, en swing, en couleurs, il aura fait défiler tous les titres, toutes les légendes du genre, de West Side Story à My Fair Lady, en passant par Singin’ in the Rain, An American in Paris, Kiss me Kate, The King and I... Il aura fait découvrir les musiques de John Adams (Nixon in China, A flowering Tree) et dédié une demi-douzaine de productions aux œuvres du délicat Stephen Sondheim (Into the woods, Sunday in the park with George, Sweeney Todd…). Bien sûr d’autres formes musicales furent affichées, mais aucune ne laissera les traces de ces comédies virevoltantes, toujours chantées, jouées, dansées, remises en scène et en cadences comme à leur origine.

"L’insoutenable légèreté du Chatelet"

Parodiant le titre du roman de Milan Kundera, Choplin disait vouloir faire revivre « l’insoutenable légèreté du Chatelet », qui fut en son temps la maison des opérettes où scintillaient des vedettes comme Luis Mariano. En faire revivre l’insouciance mais en la plaçant dans les effluves du jazz, du folk et des « musicals » made in USA.

42nd street est donc son cadeau d’adieu. Somptueux. Irrésistible dès les premières mesures et l’amorce de lever de rideau sur des rangées de pieds claquants en tempi enfiévrés…

La comédie est née d’un film éponyme tourné en 1933 en plein marasme économique suite au krach boursier de 1929. Son véritable héros est invisible : c’est le dollar. Ou plutôt la fée dollar qui régente tout, WaIl Street et New York la tête à l’envers. Il faut y croire comme il faut croire à la chance. Espérer, c’est chanter, c’est danser, c’est vivre. C’est ce que raconte cette histoire toute simple, histoire de coulisses dans la fièvre des répétitions d’un show avec sa star brusquement handicapée et sa débutante timide et surdouée… Il fallut attendre 47 ans pour que le film devienne une comédie musicale sur scène, doté d’un livret affiné par Michael Stewart, rythmé par la musique de Harry Warren, sur les lyrics d’Al Dubin, autant de résonances sonores qui s’impriment dans la mémoire dès la première écoute et mettent des fourmis dans les jambes.

Signés Peter McKintosh, les décors en clins d’œil Art Déco se succèdent à la vitesse des lumières qui tracent et effacent les lieux, tout comme les costumes (plus de 300 !) qui sont changés d’une scène à l’autre, d’une minute à l’autre, à une rapidité qui donne le tournis. La mise en scène et les chorégraphies de Stephen Mear retrouvent le punch, l’impact et le charme déjà déployés sur cette même scène avec Singin ’in the Rain (voir WT 4557 du 19 mars 2015).

Virtuosité, sagacité, grâce

On reste une fois de plus étourdi par la virtuosité des interprètes, passant avec la même sagacité, la même grâce de la danse au chant et inversement. Alexander Hansen est le producteur qui se bat pour sauver son outil, qui s’amourache puis est repoussé par la nouvelle venue, il sait comment user de son autorité et trouver les formules pour émouvoir. Ria Jones fait la star avec coquetterie, Dan Burton joue en charme le ténor sagace, et Jennie Dale compose une irrésistible meneuse-entremetteuse. Découverte de la soirée : la jeune Monique Young, délicieuse ingénue catapultée aux cimes su show.

42nd street en cadeau d’adieu… La nostalgie s’infiltre dans les applaudissements.

42nd street, musique de Harry Warren, lyrics d’Al Dubon, mise en scène et chorégraphie Stephen Mear, direction musicale Gareth Valentine, décors et costumes Peter McKintosh, lumières Chris Davey. Avec Alexander Hanson, Ria Jones, Monique Young, Dan Burton, Jennie Dale, Emma Kate Nelson, Matthew McKenna, Chantal Bellew, Carl Sanderson, Stephane Anelli, Teddy Kempner….

Théâtre du Châtelet du 17 novembre 2016 au 8 janvier 2017 du mardi au dimanche, en soirées à 20h, en matinées à 15h le samedi, 16h le dimanche.

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

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