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20e rencontres de l’Aria

par Michel Strulovici

L’éducation populaire au coeur

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Robin Renucci, avec l’élégance attentionnée qui le caractérise, préside aux destinées d’une expérience rare d’agitation culturelle, sous les châtaigners de sa Balagne, au coeur de la Haute-Corse. Sitôt le clap de fin du tournage de la célèbre saga télévisuelle Un village français, le voici revenu chez lui, à Pioggiola, dans la vallée du Giussani. « Au terme "festival", trop estival, je préfère celui de "rencontres" » nous confie-t-il pour expliquer la mise en oeuvre depuis vingt ans de stages de formation aux métiers du théâtre." Ces formations, tout au long de l’année, ont déjà regroupé plus de 1500 " étudiants" en provenance de près de 40 pays sous la direction de près de cent professionnels." précise-t-il.

Un pari osé


Parmi ceux ci, Jean-Claude Penchenat, Aurélien Recoing, Jeanne Vitez, Gérard Gelas, Catherine Dasté, Pierre Vial... et, bien sûr, Robin Renucci. Cette "ruche" s’avère d’autant plus nécessaire que la Corse jouit d’une situation pour le moins particulière. « Je prolonge ici le mouvement de la décentralisation théâtrale. Il n’avait pas irrigué la Corse, s’arrêtant à Marseille. Il existe un Centre dramatique national, une Scène nationale dans toutes les régions de France, y compris ultra-marines, mais l’Ile n’en a pas bénéficié. » Il fallait oser un tel pari dans cette petite vallée de moins de 400 habitants ! « J’ai rêvé cette aventure. C’était un peu fou, improbable au départ. L’enjeu consistait à permettre la rencontre entre les habitants locaux et des populations totalement différentes. Le but est de mettre en commun nos savoir-faire dans le cadre du théâtre".
L’outil de ce défi s’appelle l’ARIA (Association des Rencontres internationales artistiques) qui se définit comme pôle de formation et d’éducation par la création . « C’est ici que j’ai inventé un maillon de la décentralisation théâtrale, de l’éducation populaire. » souligne Robin Renucci. Il semble certain que là se situe la cohérence de toute sa démarche artistique. « J’ai fait mon premier stage d’art dramatique à 16 ans et demi dans la maison de Romain Rolland à Vézelay et cette formation ressemble à celles que j’organise aujourd’hui. Puis je suis rentré à l’Ecole Dullin, l’un des créateurs de la première décentralisation théâtrale (1916). Je me suis construit depuis autour de cette question de l’éducation populaire. »

Théâtre sous les châtaigners

La particularité de ce stage d’été (formation par la création) qui regroupe professionnels et amateurs sur quatre semaines, c’est la présentation au public du travail effectué. « On vient manger le pain que l’on a fait cuire ensemble » dit Robin Renucci. La qualité des représentations, mises en espace et lectures présentées par les 80 stagiaires et les huit professeurs-metteurs en scène, s’avère remarquable pour des durées de formation si courtes. Ainsi nous avons pu apprécier, sous les châtaigners, un Moby Dick adapté par Fabrice Melquiot. Dans des prés jaunis où paissent nonchalamment quelques vaches, nous avons assisté à La Vie est un songe de Calderon et devant le bâtiment Battaglini, en plein village d’Olmi-Cappella, à la représentation des Témoins(mondialisation), une pièce du jeune auteur Clément Camar-Mercier, écrite en résidence. Au total, une douzaine de propositions différentes dont le prologue du Drame de la vie de Valère Novarina, en présence de l’auteur, dans ce superbe théâtre en bois de 300 places (La Forge) qui s’ouvre sur le Monte Padru, rappelant l’espace scénique du théâtre de Bussang de Maurice Pottecher. « Il est pensé comme un petit frère du Théâtre du Peuple » revendique Robin Renucci que tout rattache à ce courant.

Les Tréteaux de France

Cette ligne « éditoriale » se retrouve dans la démarche des Tréteaux de France qu’il dirige depuis 2011. « Je reproduis dans toutes les régions de France ce que je fais ici en Corse, explique-t-il, c’est-à-dire la rencontre et la conversation avec les populations là où nous nous installons suffisamment longtemps. Parfois nous écrivons ensemble pour une création, une formation, une transmission. Nous refusons cette condescendance qui consiste à apporter des spectacles à des gens supposés éloignés, empêchés. Nous travaillons dans la ruralité certes, mais également dans les banlieues des villes, dans des régions « entre-deux ». C’est là le lieu privilégié de notre activité. Nous faisons le pont entre des lieux où rayonne un Centre dramatique et ceux où, à 40 ou 50 kilomètres, s’étendent des zones blanches. On peut accomplir ce travail en Avignon même. C’est ce que j’ai fait cet été dans le quartier de la Rocade, avec des jeunes gens qui ne sont jamais allés au théâtre. Le travail des Tréteaux c’est de reproduire un maillage à des endroits stratégiques. En ce moment L’Enfance à l’oeuvre que j’ai présenté à Avignon tourne avec les Tréteaux ; ce spectacle s’accompagne d’autres sur la vocation. Ce qui m’intéresse également c’est de parler de l’inégale répartition des richesses. » Ainsi, Le Faiseur de Balzac, ce Madoff du 19e siècle, est inscrit, avec succès, au répertoire des Tréteaux.
Ariane Mnouchkine, la marraine des 20e Rencontres, inscrit l’ARIA comme un des outils de « ce rêve d’un pays cultivé, d’un pays savant, d’un pays où l’ignorance est reconnue comme la maladie la plus grave à guérir en tout premier lieu, et où l’éducation artistique est une cause nationale. » Robin Renucci prolonge ce rêve, avec enthousiasme et cohérence.

Son spectacle L’enfance à l’oeuvre présentée à Avignon par Les Tréteaux de France sera à Saint Denis de la Réunion les 22 et 23 septembre, puis le 1er octobre à L’Horizon de La Rochelle
Les 21e Rencontres de l’ARIA se tiendront du 15 juillet au 12 août 2018.
L’ARIA.Tel : 0495619318 ; www.ariacorse.net

Photo 1 théâtre Stazzona
Photo 2 Moby dick

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