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Critiques / Théâtre

1988, Le débat Mitterrand-Chirac

par Corinne Denailles

Un affrontement théâtral

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Puisqu’on est dans les préoccupations politiques jusqu’au cou, Didier Long, metteur en scène et directeur du théâtre de l’Atelier nous offre l’occasion d’une rétrospective intéressante en programmant ce projet initié par Frédérick Franck et Geneviève Dichamp, directeurs du théâtre Montansier de Versailles, la semaine qui précède le second tour des élections présidentielles. Le débat de 1988 précédait le second tour des présidentielles le 8 mai, étrange coïncidence. On en garde quelques répliques restées légendaires comme le « vous avez tout à fait raison … monsieur le premier ministre » de Mitterrand à Chirac en réponse à la déclaration de ce dernier qui jugeait qu’il n’y avait plus de président ni de premier ministre mais deux candidats à égalité. C’était mal connaître Mitterrand qui joue de sa supériorité tout le long du débat. François Morel ne cherche pas à imiter Chirac mais il exprime avec justesse son côté bon enfant, sa nervosité, son manque d’assurance, une certaine naïveté (Chirac accuse le gouvernement de Mitterrand d’avoir augmenté la TVA sur les aliments pour animaux ou déclare qu’après avoir bien observé les passants, il a noté beaucoup moins d’anxiété grâce à son efficace politique de sécurité).
En face, Jacques Weber a peut-être la partie plus simple, qu’il joue néanmoins admirablement. Enfermé dans sa forteresse intérieure, son impassibilité traduit toute son assurance ; il la joue présidentiel, condescendant à souhait. Entre les deux, Magali Rosenzweig essaie de défendre sa place de journaliste (Michèle Cotta à l’époque). Ce qui frappe c’est que dans ce combat de deux personnalités, les programmes n’ont guère de place. On se renvoie les erreurs passées à la figure mais peu de choses quand à l’avenir et un gros blanc sur la question du chômage rapidement esquivée. Un moment qui avait donné des sueurs froides aux journalistes en 1988 : la question iranienne avec l’affaire Gordji sur fond d’otages du Liban. Le terrorisme et la sécurité nationale étaient déjà à l’ordre du jour et pas qu’un peu, le Front national aussi et la montée de Jean-Marie Le Pen que Chirac impute à Mitterrand qui évoque en passant « le détail » de Le Pen, l’Europe défendue par Mitterrand et suspecte pour Chirac, le légendaire "monopole du coeur" repris par Mitterrand. Quelque trente ans plus tard, le débat prend une dimension théâtrale incontestable. Avec le recul, mauvaise foi et petites escroqueries (sur les faits, sur les chiffres) sautent aux yeux. Quel regard porterons-nous plus tard sur le débat du second tour de 2017 ?

1988, Le débat Mitterrand-Chirac avec François Morel, Jacques Weber et Magali Rosenzweig. Au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 7 mai 2017 à 21h. Durée : 1h30.

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