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1336 (Parole de Fralibs) de et par Philippe Durand

par Dominique Darzacq

Un spectacle taillé dans le vif de l’humain

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Si vous avez la curiosité de faire sur google WWW.1336.fr, vous apprendrez que ce chiffre n’est ni une date historique, ni un code secret, ni la consommation annuelle de thé d’un anglais, mais qu’il correspond aux 3 ans et 241 jours du bras de fer qui opposa de septembre 2010 à mai 2014 les ouvriers de l’usine Fralib qui fabriquait les thés Eléphant au groupe Unilever. Il est maintenant et depuis 2015 la marque des thés produits par les insoumis qui ont refusé « la prime à la valise » et se sont battus pour préserver leur outil de travail. Une lutte dont le comédien Philippe Durand se fait, en scène, le porte-parole.

Après avoir longtemps patrouillé au cinéma et à la télévision, « en manque d’aventure collective et artistique » le comédien retrouve en 2002, autour de Pylade de Pasolini, Arnaud Meunier , un vieux copain fréquenté aux Ateliers du Sapajou. Depuis ils ne se sont guère quittés, et on a pu voir Philippe Durand dans de nombreux spectacles de son camarade de classe et parmi ceux-ci Au chapitre de la chute de Stefano Massini, création couronnée par le Prix de la critique. Aujourd’hui membre de l’Ensemble artistique de la Comédie de Saint -Etienne, n’aimant rien tant au théâtre que les aventures collectives, il se retrouve seul en scène pour dire avec leurs mots l’épopée des Fralibs devenus les Scop-ti. « J’ai toujours été intéressé par les questions de coopérative, d’autogestion, par ce que sous-tend d’exigence démocratique le fait de travailler sans patron. J’avais suivi à travers la presse la lutte des ouvriers de Fralib pour sauver leur usine et leur emploi et qui quarante ans après ceux de Lipp se lançaient dans une expérience d’autogestion . Ce qui leur est arrivé est un cas parmi tant d’autres de travailleurs ballotés par la volonté d’actionnaires assoiffés de profits et qui se débattent pour exister »
Conforté par la lecture de l’essai Le Parlement des invisibles de Pierre Rosanvallon pour qui il ne faut pas se limiter à exposer le malheur social, il faut aussi « valoriser les expériences positives, faire entendre les voix de faible ampleur », sans autre idée arrêtée que de mener sa propre enquête et de « faire un truc sur eux » , Philippe Durand, magnétophone sous le bras, est allé dans leur usine près de Marseille à la rencontre des ouvriers pour les interviewer sur leur lutte. Au fil des entretiens se révèle « un passionnant microcosme politique » auquel, estime le comédien, il convenait de laisser toute la place. Autrement dit , agencer les différents propos enregistrés sous forme de récit sans intervenir au niveau de l’écriture. « Ce sont de magnifiques témoignages exprimés dans une langue populaire et poétique qu’on entend rarement sur un plateau. J’ai tenu à conserver cette parole brute avec ses répétitions ses singularités syntaxiques et expressives, pour que ce soit eux qui racontent leur histoire à travers ma voix » explique Philippe Durand pour qui la plus juste place est celle de porte-parole ce qui l’a conduit à opter pour un dispositif de lecture à la table sur laquelle comme éléments scéniques, sont disposées comme on expose un trésor de guerre ou un trophée, des boîtes de thé de la marque « 1336 »

« Y a des moments où ça a été difficile, mais c’est un moment de vie je crois qu’a été vécu pleinement on s’est découverts tous… »Par la voix teintée d’accent marseillais de Philippe Durand , on suit, racontées dans la différence des personnalités rencontrées , les grèves, l’occupation de l’usine, les actions de boycotts, les démêlés avec la justice, les coups tordus et les manœuvres du gros éléphant Unilever, les élans de solidarité tout comme les difficultés dans notre société individualiste à construire un projet collectif, « On sait que le danger d’une scop c’est nous ». A travers leurs propos , leur exigence à fabriquer un bon produit, ces hommes et ces femmes, on les imagine, on les voit , eux et leur machine et c’est à la fois réjouissant et bouleversant. Bouleversant parce que leur histoire est emblématique des dégâts que suscite une économie financiarisée, et réjouissante par ce qu’elle inspire d’espoir au milieu du marasme.
Ni politique, ni documentaire, ni témoignage, ni poétique mais un peu de tout cela dans ce singulier objet théâtral qui désespère tout à la fois les adjectifs et les étiquettes. Par la force de son propos taillé dans le vif de l’humain, l’engagement et le talent du comédien qui, entre distance et incarnation, se tient à la juste distance , 1336 (Parole de Fralibs) est un spectacle rare. Un de ceux qui font nos riches soirées théâtrales. Vu cet été au Festival Off Avignon, il est ces jours-ci à l’affiche de la Maison des Métallos dans le cadre du salon "Des livres et l’alerte"

1336 (Parole de Fralibs) une aventure sociale racontée par Philippe Durand. Durée 1h35

Maison des Métallos 2 et 3 décembre
et du 9 au 13 janvier 2018 tel 01 47 00 25 20

En tournée :Issoire 26 au 28 janvier (63), 3 février Montpellier (Théâtre Gérard Philipe), 17 mars Mitry-Mory (77), 23 mars Cordemais (44)

Photos ©Stéphane Burlot

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