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Critiques / Théâtre

1 heure 23’14’’ et 7 centièmes de Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre

par Corinne Denailles

Dialogue philosophique au gymnase

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Dans un grand gymnase, un entraîneur sportif et son élève, un maître et son discipline, un homme mûr et l’autre jeune. Dans les premières minutes silencieuses du spectacle de Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre, on éprouve la rigueur et la violence de l’entraînement d’un athlète : le même geste répété mille fois, la demi-seconde de satisfaction contre les minutes interminables de découragements, la tentation de renoncer, de ne plus écouter les injonctions du coach, tantôt franchement autoritaire tantôt réconfortant et encourageant. Et c’est merveille que d’admirer le dialogue qui s’instaure entre les corps, dans des chorégraphies où Bastien Lefèbre, athlète et danseur, est époustouflant et Gamblin, sportif élégant.
Mais le sujet serait bien court s’il s’arrêtait là. Après une sorte de mise en jambes, la dimension métaphorique affleure, la perspective se déploie. Qu’est-ce qui se joue dans cette relation ? Comment le corps et l’esprit inventent-ils une partition commune pour inaugurer un langage au-delà des mots qui nous renseigne indiciblement et infiniment sur nous-mêmes ? A travers cette situation simple et concrète, il est question d’une histoire de recherche de la performance, de gestion des frustrations, une préparation à la victoire comme à l’échec mais aussi de transmission (sportive ou pas), de fraternité, d’émancipation et de renoncement, de muscler son mental pour gagner en résistance, de tenter l’impossible mais aussi d’apprendre à perdre (« apprendre à perdre c’est bon pour la santé », « Laisse un peu de surface à ta déception, elle s’évaporera plus vite »), de ne pas se tromper d’enjeu, d’apprendre à finir (« Le temps m’est décompté, pour toi l’air est saturé de temps »). Une quête de soi, au plus près, avec l’autre, contre l’autre parfois, à travers l’autre, toujours ensemble dans une sorte de nouveau concept du dialogue philosophique, au-delà de l’antique mens sana in corpore sano.
Jacques Gamblin explore inlassablement ce dialogue créatif entre le corps et l’esprit (Le Toucher de la hanche, Entre voler et courir, il n’y a qu’un pas papa, Tout est normal mon cœur scintille, Ce que le djazz fait à ma djambe), avec poésie, tendresse, autodérision souvent. Définitivement, Gamblin ne tient pas en place (c’est d’ailleurs le titre de son prochain spectacle, Je parle à un homme qui ne tient pas en place) . Ce nouvel opus, accompagné par Mozart, est un régal d’intelligence, d’humour et de grâce.

1 heure 23’14’’ et 7 centièmes, Un spectacle de et avec Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre. Scénographie, Alain Burkarth ; lumières, Laurent Béal ; costumes, Marilyne Lafay. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 25 février à 18h30, du 28 février au 18 mars à 20h30. Durée : 1h20. Résa : 01 44 95 98 00

© Giovanni Cittadini Cesi

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